Accéder au contenu principal

Articles

Affichage des articles du mai, 2016

Grosses tranches de lire

Samedi dernier, Jérémie Lefebvre était invité à la médiathèque d'Arcueil pour rencontrer ses lecteurs.Débat et lecture au programme de cette matinée littéraire. Pour les lève-tard, session de rattrapage en replay.

« T’aurais pas une clope ? »

« T’aurais pas une clope ? » J’ai secoué la tête. « Qu’est-ce que tu fous ici alors ? Tu serais pas venu pour coucher, des fois ? Je te préviens, ça va te coûter cinquante euros. » Brandissant sa béquille, il en a pointé l’embout contre mon épaule. Il y avait scellé une pièce jaune, et c’était à ce signe extérieur de richesse et à son tintement métallique sur le dallage qu’on le remarquait. « T’es malade ? Mais si, faut être malade, et même salement malade du cerveau pour se pointer à l’hosto en pleine nuit. T’aurais rien à boire ? — Désolé, mais j’ai rien à fumer, rien à boire, et j’ai rien bouffé depuis midi. »
Raymond PenblancL'Egyptienne, pp. 18/19

« elle comprit qu’il était trop tard »

Elle demanda à conduire, et Marc était sur le point de céder lorsqu’elle se rétracta. Elle préférait finalement la douceur d’être transportée (et dans transportée il y avait portée ; d’ailleurs il lui sembla que deux bras robustes, ceux de Marc, la tenaient en l’air). Elle avait pensé qu’elle s’enchanterait à nouveau de ce paysage de montagne, mais elle comprit qu’il était trop tard, ou alors c’est qu’elle était déjà comblée, ce qui la fit tristement sourire.
Raymond PenblancLes Noces d'or, p. 16

« Il faut un miracle pour convaincre les foules. »

Dégel. La vie frémit sous la neige, la terre se ramollit, son corps s’ouvre.Il faut un miracle pour convaincre les foules.C’est une foule du dimanche, tous les mondes réunis, des caméras, des journalistes, des influents, la tyrannie et l’ambition, des vainqueurs et des vaincus, chacun veut sa part. Parler à ceux qui gouvernent, voilà de quoi sont capables ces trois enfants. Elles descendent dans les racines de l’exister, de leurs corps déformés signent un pacte invisible, dévoile la fureur originaire latente.Pourvu qu’elles ne déçoivent pas cette fois-ci. Ils sont prêts à patienter, il ne pleut pas, il fait trop chaud, les vêtements des villes encombrent, les caméras, les projecteurs, les appareils, la place manque le village ne convient pas ; vite on se lasse, vite ceux d’en bas veulent y retourner, les enfants braillent, quelques sifflets, de l’exaspération.Le miracle attend la nuit. Nuit noire sans lune sans nuage sans étoile sans ciel. Deux heures du matin Petra sort de chez elle …

« On s’est dévêtus dans un élan de panique qui nous a fait rire »

On a couru à nouveau, ensemble cette fois, marché un peu, pris un bus, marché encore et plus longtemps, emprunté un périlleux sentier de chèvres, dégringolé dans les rochers escarpés avant de nous retrouver au fond d’une petite calanque où l’eau était verte et plus transparente que partout ailleurs. On s’est dévêtus dans un élan de panique qui nous a fait rire, puis on a fendu la vague en nous aspergeant. Lila a cédé la première. Elle s’est renversée sur le dos, cuisses écartées, et je me suis affalé sur elle, et à partir de là on est sortis du temps.Raymond PenblancL'Egyptienne, p. 13

« j’ai marché vers elle »

Hommage rendu à la ville des villes qu’est Marseille, dans son dispositif visuel comme l’obsession mer et le flux des visages. C’est du moins là où se risque Raymond Penblanc. Mais avec sous la surface urbaine et les cinétiques du récit des affleurements de vieux mythes, et une figure qui troue le texte : le chemin qu’ici on fait nous mène au dernier chemin de Rimbaud.François Bon
Poussé par une audace qui m’avait toujours fait défaut jusqu’ici, j’ai marché vers elle. La fille était jolie, brune et très mate de peau, avec de grands yeux noirs pétillants, prénommée Leila, rebaptisée Lila, car elle adorait cette fleur, son parfum, ses couleurs. Je lui ai dit que j’avais 17 ans, que je m’appelais Arthur, que je descendais tout droit de Charleville-Ardennes, et que je n’avais jamais vu la mer. Comme Rimbaud alors, s’est, sans une once de malice, exclamée Lila, qu’une telle coïncidence ravissait.
Raymond Penblanc, L'Egyptienne, pp.10/11

« Les enfants ne ressentent aucune douleur. »

Mercredi, Perrine Le Querrec fait une apparition à la librairie Charybde.

Un avant-goût de ce que vous y entendrez ?
Les experts se rapprochent. Personne ne comprend, personne ne sait. Ils écoutent, lisent les lèvres et le corps. Ils éclairent, courent, s’agenouillent. Ils les pincent, les piquent d’épingles, les brûlent avec des allumettes, versent du sable dans leurs yeux grands ouverts, rien n’y fait.Les rapports stipulent :Insensibilité physique totaleAux chocs, aux coupures, à l’ankylose, aux torsions des membres, aux piqûres, aux brûlures etc.Les enfants ne ressentent aucune douleur.Insensibilité totale de la vueAux lumières violentes, à la pluie, aux grêlons reçus de plein fouet, aux flocons de neige.Elles ne cillent pas.Absence de blessures, griffures, piqûres, ecchymoses, etc., notamment sur les genoux et les jambes, malgré la brutalité des chutes sur des cailloux, carrelages ou ciments, débris de toutes sortes ; malgré les marches à genoux ou debout sur les pierres, dans les r…

Lunatique à la rue

La rue de l'école Polytechnique, samedi : entre soleil et voitures, dédicaces et lectures.
Toute la concentration deBenjamin Taïeb...
avec Brigit, Pearlbooksedition
Brigit, Eric, Antonin Crenn

Le lendemain, la pluie a tout bâché.Merci aux éditions de la Crypte pour le plastique. 

Le salon dans la rue a pris l'eau, et c'est bien dommage. Après une journée de repos, la programmation se poursuit toute la semaine. Retour de Lunatique sur le devant de la scène, vendredi à partir de 18 heures, pour la soirée de lancement du tout nouveau tout beau Cafard hérétiquenuméro 8.À bientôt !

« Jamais je ne serais entré dans une église la nuit. »

À cette heure, l’intérieur de l’hôpital était sombre, éclairé seulement par des veilleuses. À gauche s’élevait un petit escalier conduisant à une longue galerie ouvrant directement sur le hall. Au premier plan se dressait un pan de mur avec plusieurs guichets surmontés d’écriteaux. Un couloir jalonné de portes débouchait sur la droite. L’air n’offrait rien de spécial. Certes, les fragrances de la nuit, du moins celles des pelouses agrémentées de lavande et de romarin, étaient désormais interdites d’accès. Le silence n’avait rien d’oppressant. Rien à voir avec celui des églises. Jamais je ne serais entré dans une église la nuit. La nuit, c’était toujours le diable qui officiait.Raymond PenblancL'Egyptienne, p. 16


« lui avouer une faute de goût, pire, une faute tout court »

Ils ne prendraient pas leur douche ensemble, mais séparément, elle d’abord, lui ensuite. Elle se coucha dans des draps qui lui parurent moins rugueux que ceux de la veille, et c’était heureux, car elle y avait plutôt mal dormi. Quand il se coucha près d’elle il s’aperçut qu’elle était nue et il regretta de n’avoir fait de même. Car à présent il lui faudrait se débarrasser de son pyjama, et c’était lui avouer une faute de goût, pire, une faute tout court qu’il n’y avait qu’elle pour lui pardonner.

Raymond PenblancLes Noces d'or, p. 15Retrouvez Raymond à Mézin, le 12 juin prochain.Mézin fête les écrivains, deuxième édition,un festival de lectures publiques orchestré par Marianne Desroziers, avec le soutien de l'association Des Livres et Nous.

« Je n’écris pas une histoire mais une langue »

TÊTES BLONDES DE PERRINE LE QUERRECPerrine Le Querrec, écrivain, passe — un blog1, une demi-douzaine d’éditeurs ; s’attelle-t-on à son dernier écrit, aussitôt un autre paraît, sans qu’aucune de ces publications, poèmes, pamphlet, romans et maintenant nouvelles, donne jamais la sensation d’offrir à lire du déjà entendu.
Perrine Le Querrec est un furet.Détache de tes dents aiguisées la viande du désir sur l’os sec et dur, contondant et mortel, d’une réalité qui te révulse (...)2Le petit animal insaisissable mord.
Ses textes creusent dans toute réalité invivable des trous, des tunnels, de quoi non pas tant retrouver le souffle que l’inventer, rendre une respiration possible. Elle y avance posément et avec rage, clouant ici et là au pilori des morceaux de discours non pensés, du langage fossilisé qui tue. Sa proximité batailleuse avec tout ce qui entrave l’emmène du côté des animaux, anormaux, fous, enfermés, enfants... Surtout ne pas imaginer on ne sait quel pathos célébrant paresseusement…

Pour oublier cette « plume abîmée » dont elle dit vivre

Entretien de Charlotte Monégier accordé à la revue livre/échange n° 69 - mai 2016

La pluie glacée du crépuscule, dehors, cingle de temps en temps les fenêtres, et, parce que le bébé dort, nous parlons doucement. Charlotte Monégiernous reçoit dans son appartement à côté de la gare de Caen et elle a les yeux cernés de ceux qui dorment trop peu. De son pied droit, elle imprime discrètement un mouvement de balancier au berceau de son fils et confie que c’est la première fois qu’elle parle de « tout ça ». Tout ça : l’écriture, le temps, la vie quotidienne, l’argent qu’il faut bien gagner pour vivre et ce désir mystérieux qui fait qu’elle ne cesse jamais de penser à ses personnages, à ses histoires, à ses livres à venir. Charlotte Monégier est née à Paris et, pour échapper à cette vie urbaine qui ne lui plaît pas, elle s’invente un monde imaginaire peuplé d’amis, et « c’est arrivé malgré moi », dit-elle. « À l’adolescence, l’écriture a été le moyen de m’ef…

des mots en veux-tu en voilà

Dimanche 22 maià 15h30j’articuleraidésarticuleraiprose&poésiepoésie&prosedes motsen veux-tuen voilàPerrine Le Querrec
Avec Les Carnets du Dessert de Luneet LunatiqueRue de l'école Polytechniquedevant le local de L'Autre LIVREdans le cadre de Quartier du Livre

dès le début on se dit : « Y a quelque chose qui cloche »

On se plonge dans Les Murs comme on se lancerait dans une nouvelle poétique du quotidien. Sauf que Stéphanie Braquehais nous prend la main par la deuxième personne du singulier et que dès le début on se dit : «Y a quelque chose qui cloche ». Un peu comme la chanson Coutances de Dick Annegarn. Sauf qu'ici Stéphanie Braquehais fait fondre la glace doucement, lentement, détail par détail ; puis on découvre les murs de cette narration concise qui en dit long.Le texte est parfaitement maîtrisé tant sur le fond que la forme. On a envie d'en lire plus. Un auteur à suivre.


Une jolie chronique fleurie sur Libfly.

Regard de Xavier Houssin sur Violaine Bérot

Le mois de mars dernier, la revue livre-échange a interviewé le chroniqueur littéraire Xavier Houssin. L'occasion pour ce dernier de témoigner de son attachement au travail de Violaine Bérot.
l/é : Quelles rencontres vous ont particulièrement marqué ? X. H. : Il y en a eu énormément ! Il est excessivement difficile de répondre à cette question ! (...)  Ce métier permet d’aller au fond des choses avec les auteurs. Par exemple, j’avais découvert Violaine Bérot lorsqu’elle a publié son premier roman, Jehanne, chez Denoël (réédité en 2014 chez Lunatique). C’est un écrivain singulier et sensible qui aborde des sujets périlleux. Grâce à mon métier de chroniqueur, j’ai pu, bien plus tard, la retrouver lorsqu’elle a fait paraître Pas moins que lui et faire un long portrait d’elle pour Libération en me rendant dans les Pyrénées ariégeoises, où elle vit et écrit. 
« Pourquoi devient-on écrivain ? Au terme de quels entrelacs d’origines et d’histoires intimes naissent donc les mots ? Petits has…

Parce que vingt-cinq ans, et pas encore d’époux

Tu te rappelles ?
À celles qui t’emmerdaient avec leurs chienneries, dans cet atelier où dentelle faisait loi et où vos doigts cousaient la pluie et le beau temps, tu disais : « Je voudrais bien partir sur une île déserte ».C’était le temps des talons, de tes chignons haut perchés et des allures de Nefertiti. Tu avais coiffé catherinette. Parce que vingt-cinq ans, et pas encore d’époux.Les filles t’avaient confectionné une coiffe somptueuse, c’était une goélette. Avec un bandeau de satin blanc en bouillon d’écume le long de la coque qui annonçait : « À la découverte de mon île ».
L'EmbarquéeAngélique Condominas, p. 91

Aux anges

Lunatique est aux anges, et pas qu'un peu. Au sommaire du numéro de ce mois du Matricule des anges. Un gros merci à Philippe Savary pour sa patience et son rire.
Le numéro 173 est disponible à compter d'aujourd'hui.

Que reste-t-il à écrire quand on a écrit ça ?

« Décidément, les restaurants lui réussissaient bien. Non seulement on lui ôtait le souci d’avoir à composer les menus, non seulement il lui était permis de mettre les pieds sous la table et de n’en plus bouger pendant toute la durée du repas, non seulement elle pouvait s’offrir le luxe de quitter la salle à manger sans avoir de compte à rendre à personne, mais elle avait l’art de choisir ce qui lui convenait le mieux, tant du point de vue du goût que de celui des effets indésirables, dont chacun sait qu’ils vous surprennent avec d’autant plus d’implacabilité que vous avez pris le risque d’adresser un pied de nez à vos sacro-saintes habitudes. »Raymond PenblancLes Noces d'or, p. 9
Un lecteur :
« Que reste-t-il à écrire quand on a écrit ça ? Il me semble que vous avez écrit là le texte d'une vie. D'une vie... ou d'une mort ? D'une mort ou de deux morts ? Si la vie de ces deux-là a eu la qualité du voyage qui les conduit à la fin, à la grande séparation, ou au grand …

Les éternels FMR de retour

Vous vous souvenez du festival Leséternels FMR ? C'était à cheval sur 2015 et 2016, une initiative de Jean-Luc d'Asciano et de Julien Delorme : une librairie éphémère à la halle Saint-Pierre
Bah, ça repart en juin, du 3 au 13. Pile poil la bonne époque pour faire le plein de lectures pour les vacances.
Nous attendons de connaître le nom des autres éditeurs heureux élus, assurés que leurs catalogues seront de belle qualité.
En tout cas, Lunatique y sera représentée, et plutôt cinq fois qu'une !



Ils firent peut-être le même rêve, mais ne le sauraient jamais

« Que fabriquaient-ils donc tous deux sur cette petite route de montagne (pas encore les Alpes, mais presque) ? N’était-ce pas faire preuve de la plus insolente liberté que de se trouver à un millier de kilomètres de chez eux, Marc au volant, elle à ses côtés, tels deux amoureux en goguette ? (La fièvre en moins, et l’impatience aussi, celle de pouvoir se coucher le soir même dans un lit inconnu, un lit qu’elle n’aurait pas fait, et qui, pour cette raison, lui avait toujours paru de nature à réveiller les anciennes ardeurs.) »Raymond PenblancLes Noces d'or, pp. 10/11
Un lecteur :« Proust reste un de mes auteurs préférés, et je retrouve ici, dès le début, le même déploiement de la phrase, la même volonté de la mémoire à recréer des émotions. Le texte est renforcé par la subtilité des analyses, il est émaillé de raffinements stylistiques.
J'ai pris vraiment beaucoup de plaisir à le lire. »
Un autre :« Une nouvelle poignante, écrite avec beaucoup de sensibilité et de pudeur.
Les lo…