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Articles

Affichage des articles du septembre, 2015

« Un beau matin, après une nuit de pleine lune, les maîtres sonneurs se réunirent sur le parvis de l’église du village. »

Un beau matin, après une nuit de pleine lune, les maîtres sonneurs se réunirent sur le parvis de l’église du village.Ils jouèrent alors un air de cornemuse si harmonieux, si mélodieux, si envoûtant qu’il semblait surgir d’un autre monde. Tous les Cartériens sortirent de chez eux pour mieux apprécier la musique cristalline. Renard aussi désira connaître la source de cette inspiration divine. Dès que les musiciens eurent achevé leur mélodie céleste, le trimardeur les interrogea. Étrangement, ils portèrent tous trois leur regard en direction de la forêt puis, se consultant en silence, répondirent qu’ils n’usaient d’aucun artifice et qu’il s’agissait de leur seul génie. Renard en douta vivement, pourtant il tint sa langue. Il découvrirait leur secret. Leur coup d’œil équivoque en direction de la forêt était un premier indice. Il pensa immédiatement au gros chêne qui semblait régner sur les bois. Il commencerait ses investigations par cet arbre séculaire.
Le Génie des maîtres sonneurs, Gaël…

Le poids de Dieu

Tsi traverse le village sous ses frondaisons inattendues. Elle croise des vaches au bord des routes, la peau tendue sur les côtes, maigres. Elles reviennent avec soulagement des sommets où elles ont, pendant la transhumance, tenté d’arracher leur nourriture aux buissons décrépis entre les tuyaux de gaz rouillés qui parcourent les cimes et les crêtes – antédiluvienne montagne rouge ; les plantes y meurent, carbonisées droit sur leurs ramures à cause de la chaleur suffocante. La canicule est le joug de Dieu. Le poids de Dieu.
Le Strudel aux pommes, A. Nebojša, p. 15

Totem - Isabelle Vaillant

C'est à Isabelle Vaillant que l'on doit la très belle couverture du recueil de Perrine Le Querrec, Têtes blondes.

Et il se trouve qu'Isabelle expose du 5 au 16 octobre, de 10h à 17 h, au lycée Renan (Saint-Brieuc). Le monde est bien fait. Et beau, surtout vu par Isabelle Vaillant.

« traînée », « bâtarde », des mots qui habitent et salissent leurs petites bouches

Même lorsque je m’adosse à l’arbre gris qui s’est planté au milieu de la cour et qu’ensemble nous faisons comme si de rien n’était, elles viennent m’encercler, alors je m’écrase encore plus sur l’écorce de l’arbre, je voudrais entrer tout entière dans la vieille peau de mon arbre-artère, être sourde comme lui, indéracinable, mais les mots des filles finissent toujours par me propulser hors de moi, des mots comme « traînée », « bâtarde », des mots qui habitent et salissent leurs petites bouches, leurs petites bouches sur lesquelles je me rue, que je cogne jusqu’à ce que le sang colore leur moquerie et leur bêtise, jusqu’à ce qu’elles hurlent de leur propre voix.
Têtes blondes, Perrine Le Querrec, p. 48

« décidément, l’art reste fragile »

Quand Pierre Jourde prend la défense de Jérémie Lefebvre (article complet du 22.09.2015):

«  [...] Friable aussi l’œuvre, en un tout autre sens, lorsqu’elle touche les susceptibilités locales. Jérémie Lefebvre publie, aux éditions Lunatique, un récit sur le harcèlement à l’école, intitulé Le Collège de Buchy. Il s’agit des souvenirs d’un homme qui a été le souffre-douleur de ses camarades, et, si je comprends bien (je ne l’ai pas encore lu) Lefebvre représente sans concessions la cruauté enfantine. La question m’intéresse à un double titre. Parce que je connais bien le village de Buchy, en Seine-Maritime, et parce que j’ai raconté une histoire semblable, mais du point de vue des harceleurs, dans Paradis noirs. Lefebvre devait faire une rencontre avec les lecteurs à la librairie de Buchy. Que croyez-vous qu’il est arrivé ? Le malheureux libraire, à force de recevoir des menaces, renonce à la rencontre. Ça m’a rappelé quelques souvenirs, et des événements très frais, puisque des gens qui…

Polémique-mac à Buchy

Un très court roman qui mérite sa place dans les livres qui font du bien tout en étant intelligent

[À Montparnasse, de Léna Ellka est] un très court roman qui mérite sa place dans les livres qui font du bien tout en étant intelligent... L'histoire d'un voyageur tour de mondiste qui décide malgré lui de faire le tour de la gare m'a immédiatement attirée. Je ne connaissais ni l'auteur ni les éditions, aussi n'avais-je pas d'attente particulière quant à ce livre et ce fut ma foi une lecture agréable.Le personnage de Renan est touchant dans sa naïveté et sa relation aux gens, les personnages que l'on croise ont tous quelque chose de profondément humain.[…] une bulle d'air au milieu de tous les sujets graves et déprimants de la rentrée littéraire !

Renan recule enfin et admire l’ensemble de son œuvre. Il sourit. Il recule encore et s’éloigne de son exposition sauvage.Aussitôt, comme s’ils avaient répété une chorégraphie, les voyageurs se mettent en branle. Un à un, ils empoignent leur parallélépipède à petites roues. Le premier marche lentement vers la col…

Comment prouve-t-on qu’on a faim ?

Il y a quelques années, Tsi a appelé le vieux rabbin à l’aide. Elle n’avait plus un sou, juste son fils à nourrir et quelques vieux tapis à refourguer sur les marchés. Elle a appelé à l’aide le rabbin, mais il l’a traitée de malhonnête. Il lui a dit : « Tu veux me voler ». Il n’a pas cru à sa misère. Comment prouve-t-on qu’on a faim ? Faut-il ouvrir grand une bouche vide en pointant les index vers le ventre creux ? Petite marchande de tapis, débrouille-toi.
Le Strudel aux pommesA. Nebojša, pp. 12/13
Cette nouvelle fait l’objet d’une sélection au Prix 2015/2016 de la nouvelle salée organisé par l’associationLe Sel des mots.

« Harcèlement scolaire en Seine-Maritime. Un libraire menacé, un auteur dépité ! »

Buchy [L'histoire] Harcèlement scolaire en Seine-Maritime. Un libraire menacé, un auteur dépité ! (articlesigné Isabelle VILLY)

Jérémie Lefebvre, auteur du Collège de Buchy, ne viendra pas dédicacer son livre comme il était prévu. Le libraire aurait reçu des menaces.Incompréhension, frustration… Jérémie Lefebvre ne décolère pas depuis le vendredi 18 septembre 2015, jour où il a appris qu’il ne pourrait pas, comme cela était prévu, aller à la rencontre de ses lecteurs, à Buchy, au nord de Rouen (Seine-Maritime). Pourquoi ? Sa présence ne serait plus souhaitée car susceptible de créer des remous dans le petit bourg de Normandie. Le libraire, qui devait accueillir cet événement, aurait reçu des menaces ! Motif ? Le sujet du livre, et surtout le cadre dans lequel l’auteur a choisi de planter le décor de son roman : il y est question de harcèlement scolaire et Jérémie Lefebvre, qui a puisé dans son expérience personnelle d’adolescent, a intitulé son histoire, Le collège de Buchy. Un suj…

Concert mosaïque

Saïd Mohamed est l’auteur du trublion Monsieur Ernesto. Romancier, poète, plusieurs fois primé - et c’était bien mérité ! -, Saïd est également un lecteur hors-pair.Le concert Mosaïque (récital de poésie et orgue de verre) sera retransmis sur France-Culture le 11 octobre, à 21 heures.

Le Collège au bûcher

Suite à des menaces reçues par le gérant de la maison de la presse de Buchy, la séance de dédicaces du samedi 3 octobre est annulée. Jérémie Lefebvre a été prié de ne pas venir signer Le Collège de Buchy.
Intimidation et pression... quand la réalité rejoint la fiction.Le scandale n’est pas que le librairie ait dû essuyer des menaces, mais que l’histoire se répète, vingt ou trente ans après, hors les murs du collège de Buchy.
Heureusement tous les lecteurs buchois ne sont pas obtus :« Glaçant.C'est le premier adjectif qui me vient à l'esprit après la lecture de ce roman, qui emprunte bien trop d'éléments que j'ai vécus, dans ce même collège, pour être qualifié d'ouvrage de fiction.Ces deux longues années de harcèlement, décrites par l'auteur avec une plume à la fois réaliste, noire, très violente même, sont également des moments partagés pendant mon adolescence. Les crachats pleins de morve, les chewing-gums dans les cheveux, sur les vêtements.Les coups. Administr…

Le Journal (d’un fœtus) de la semaine

Photos prises à la volée pendant la répétition puis lors de la lecture de Journal d’un fœtus, qui a eu lieu à La Briqueterie (Nice), en présence de l’auteur, Benjamin Taïeb.

Les Murs , un verre

Retour en images sur la rencontre de mercredi, à l’Alliance française de Nairobi.Stéphanie Braquehais répondait à toutes les questions soulevées par son court récit, Les Murs.

« Je n’ai plus besoin de toi. »

Ce silence d’où il la fixait, pendant qu’elle apportait le dîner, pendant qu’elle repassait, pendant qu’elle rangeait l’appartement. Ses silences lorsqu’elle s’enquérait de ses notes, de ses amis, de sa vie. Tu vas bien ? Tu veux me dire quelque chose ? Tu sais que je t’aime ? Il y a quelque chose qui ne va pas ? Tu as besoin de moi ? Tu ne veux pas me parler un peu ? Un mot ? Non ?Il avait 10 ans, il entrait au collège. Il avait refusé qu’elle l’accompagne.« Je n’ai plus besoin de toi. »Ces premiers mots depuis des mois. Elle avait souri. Il parlait. Le soir elle avait préparé son dîner préféré. Rempli la maison de fleurs. Emballé un livre pour le déposer dans son assiette. Et puis elle s’était assise.Le silence de l’attente. Vibrant et plein de celui qui va venir.

Têtes blondes, Perrine Le Querrec, pp. 33/34

« Courte et mouvementée. »

L'émission radiophonique La Vie des Livres, diffusée par Radio Plus (6 rue Cauwet à Douvrin), organise, en partenariat avec les éditions Lunatique, un concours de photos du 16 septembre 2015 au 14 octobre 2015.La participation au concours est libre et gratuite. Celui-ci est ouvert à tous, à l'exception des organisateurs, des membres du jury et de leur famille.Toutes les informations seront données par Christophe Sueur lors de la prochaine émission de La Vie des Livres.

Personne. Ni dans la maison, ni dans la cour. Vers trois heures du matin, Claire, épuisée, s’était effondrée sur le lit. Son mari en avait profité pour saisir quelques affaires et mettre les voiles.Ce n’était pas vraiment surprenant. Il avait clairement exprimé son souhait de « prendre ses distances » car il « avait besoin de réfléchir ». Claire ne pensait pas qu’il mettrait ses menaces à exécution. En tout cas, pas si vite.Elle était certaine d’avoir un peu de temps pour le raisonner.Mais, il n’en est rien.En ce…

Nice Boy

Pas encore né qu’il donne déjà de la voix !

Lecture du court roman de Benjamin Taïeb, Journal d’un fœtus, le jeudi 17 septembre à 19h15, à la librairie La Briqueterie Concept Store.
Lecture à trois voix, avec Muriel Revollon, Éric Guyonneau et Raphaël Monticelli.

« Eux, les épargnés, ne remarquent rien. »

« Eux, les épargnés, ne remarquent rien. Ils te supplient sans cesse de t'ouvrir au monde. Il n'y a cependant que dans la solitude que tu t'appartiens de nouveau », Stéphanie Braquehais, Les Murs, éditions Lunatique, 2015, page 10.


Mercredi 16 septembre à 18 h, l'Alliance Française de Nairobi vous convie à une rencontre pour le lancement de la nouvelle Les Murs de Stéphanie Braquehais. Journaliste, correspondante RFI au Kenya depuis 8 ans, l'auteur tisse la trame de ce texte court et saisissant une toile de fond inspirée de faits réels. Une histoire bouleversante qui résonne en chacun de nous comme écho menaçant du monde dans son actualité barbare.
« Dans ce court roman, écrit dans un souffle et inspiré de l’actualité récente du Kenya, son pays d’adoption depuis près de dix ans, Stéphanie Braquehais, nous emporte dans les méandres de ce que l’on peut ressentir après un traumatisme [...] » extrait de l'article de Paris Match.

« Tsi est restée. En trop. Hoquet involontaire, présence si légère qu’on l’oublie. »

Tsiporah s’éloigne de la fenêtre. Elle ne peut rester à rêvasser. Aujourd’hui, il lui faut enterrer son père et entamer le deuil réglementaire. Elle s’est longuement renseignée, car elle ne connaît pas les rituels. Elle n’est pas juive, elle. Elle n’est que le fruit illégitime du vieux rabbin et d’une chrétienne. Un dérapage. L’acte consommé, le rabbin a fui la goy. Il fallait un bon mariage : une célébration intra-communautaire, une femme plus jeune, d’autres enfants.Tsi est restée. En trop. Hoquet involontaire, présence si légère qu’on l’oublie. Avant de mourir, sa mère l’a nommée Tsiporah : petit oiseau.
Le Strudel aux pommes, A. Nebojša, p. 10

Message de printemps

Voilà, c'est officiel, ne reste plus qu’à y croire, s’y faire et assumer : les éditions Lunatique seront, en même temps que Harpo &, les invitées d'honneur des Beaux Jours de la petite éditionles 2 et 3 avril 2016, à Cadenet.

« Pourquoi partir alors qu’il était blanc avec des papiers en règle ? »

Photo prise dans la librairie Dialogues, de Brest, et volée sans vergogne à Léna Ellka
Renan file sur son chariot de ménage comme si c’était une trottinette. Il arrive beaucoup trop tôt à la réunion d’équipe, mais ce n’est pas grave. Quand il a dit à ses collègues qu’il allait faire un tour du monde, ils l’ont regardé comme un doux dingue. Pourquoi partir alors qu’il était blanc avec des papiers en règle ? Ensuite, tous ont proposé de l’accueillir dans leur famille, là-bas au bled, au village, dans la tribu. C’est idéal pour son expédition future, il a bien fait de prendre son temps à la gare. Renan a vite eu un tas d’adresses partout dans le monde. Enfin, surtout en Afrique et en Europe de l’Est. L’Inde attendra encore un peu. Renan ne comprend pas ce que racontent ses collègues quand ils parlent entre eux, mais ça fait une jolie musique. Entre personnes de la même langue, ils relâchent leurs épaules, s’affaissent un peu comme s’ils mettaient leurs chaussons chez eux. Renan a eu l’env…

Bonbon acidulé. En pire.

Le mois dernier, c'était Le Cafard hérétique qui avait les honneurs du Bonbon Nuit #55.

Tara Lennart persiste et signe ce mois-ci une recension de Têtes blondes, le premier ouvrage de Perrine Le Querrec à paraître sous la casaque Lunatique (premier, oui, ce qui laisse augurer de... Nan, rien !).Ainsi lit-on dans le Bonbon Nuit #56 :



« Dépêche-toi ! On y va ! »Porte claquée, elle cavale en tirant sur mon bras, marche trop vite. J’ai des collants gris perle, une minijupe, un manteau de fourrure dans lequel je ne peux pas faire un mouvement, une toque de fourrure, du rouge sur les lèvres, des paillettes sur les yeux. J’ai rien demandé de tout ça. Je veux rien de tout ça. Je voudrais un jean un tee-shirt un vieux pull. Je voudrais avoir les cheveux courts, ne pas me laver, sentir mauvais. Je voudrais un blouson de garçon. Je voudrais être un garçon ou un fantôme ou orpheline ou rien. Je voudrais être rien du tout.On arrive dans une rue pleine de boutiques, elle se sent mieux ma mère, el…

« Il a onze ans et il a peur, rien qu’un peu peur car il ignore comment cela sera. »

Il a onze ans et il entre au collège. Il a onze ans et il a peur, rien qu’un peu peur car il ignore comment cela sera.Il est installé dans la troisième rangée et il aperçoit la tête d’Inès, toujours à la même place comme si celle-ci lui appartenait, comme si elle en était l’unique propriétaire. Elle se retourne et agite les doigts. Elle a toujours ses lunettes à gros verres, mais a perdu son appareil dentaire, ce qui la rend plus, bien plus jolie.Pendant trois ans, ils se côtoient à subir les mêmes cours barbants, à subir les mêmes profs grincheux, et se retrouvent chaque soir dans le bus, en inconnus, avec toujours le même chauffeur dont la moustache a blanchi.Autour de lui, il y a les copains, le fils Gomez, le fils Durant, Robert qui habite en grande banlieue, Mike qui est américain par un père qu’il ne connaît pas et qui imite mal, très mal John Wayne. Et tous se racontent, et tous racontent. De drôles de trucs sur ces êtres mystérieux que sont les filles, sur ces pétasses comme i…